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Nornes, tisseuses de vie

par | 26 Juin 2013 | Visages de Dea | 0 commentaires

 

Au sein d’une mythologie bien ancrée dans la culture dite masculine qu’elle reflète, la vie de tous est tissée par trois femmes que l’on nomme les Nornes. La littérature scandinave se fait souvent avare de détails sur la vie des anciens Germains mais un nombre considérable d’informations au sujet des Nornes peut en être soutiré.

Au tout début, il y a de ça très longtemps, existaient deux déesses suprêmes nommées Orlog et Wyrd. Ces déesses étaient deux aspects de la même chose et possédaient plusieurs points en commun même si elles n’occupaient pas les mêmes fonctions. On pourrait dire que toutes deux étaient les filles du Cosmos.

Orlog était dans un certain sens la grande sœur et avait comme mission d’exécuter le Grand Plan tel que prévu par le cosmos. Son nom se traduit par « loi première », c’est-à-dire la seule loi à laquelle tous les organismes vivants obéissent en harmonie avec le Cosmos. Dans sa fonction, Orlog est la destinée de tous et chacun, elle est le chemin de vie tracé pour nous et s’assure que nous marcherons dans la direction qui est nôtre.

Wyrd, qui pourrait être considérée comme sa petite sœur, nous rappelle que si notre destinée est pré-établie par Orlog et le Cosmos, cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas prendre nos décisions et suivre le chemin qui nous plaît. Wyrd, qui se traduit par « destin » représente les forces et faiblesses qui nous habitent et qui nous permettent de vivre les événements tels que dressés sur notre chemin de vie par Orlog. Wyrd, dans sa sagesse, symbolise donc bien au contraire de la pensée populaire, que nous avons le choix d’agir au meilleur de nous-même dans toutes les situations de notre vie.

Ces deux déesses suprêmes et primitives ont depuis longtemps disparues des cultes païens nordiques et ont été réduites à des concepts qui portent toutefois leurs noms : chacun de nous possédons notre propre Orlog et notre Wyrd, concepts qui ont désormais les mêmes fonctions que ces déesses primitives. Dans la littérature germanique, seule Wyrd y apparaît et l’on fait mention qu’elle est la mère des Nornes (nous verrons plus bas pourquoi) qui furent engendrées par on ne sait quel miracle ni par quel dieu ou autre entité. Par conséquent, on peut dire que les Nornes sont devenues l’extension des déesses Orlog et Wyrd et que leurs rôles reviennent à effectuer les tâches de leurs ancêtres. D’ailleurs, un des surnoms des Nornes est « Les Sœurs Wyrd ».

Ces trois femmes sont elles-mêmes témoins des générations passées, présentes et futures puisqu’elles appartiennent toutes trois à une période temporelle différente.

Urd, la plus vieille, est décrite comme une vieille femme et symbolise le passé et « Ce Qui A Été ». Le nom d’Urd est à l’origine de la croyance que Wyrd est la mère des Nornes puisque que les mots Wyrd et Urd sont issus de la même racine, Urd étant une forme plus récente de Wyrd. Il s’agit donc là de la même divinité qui s’est probablement dédoublée et à laquelle on a donnée deux sœurs pour représenté le concept du Temps. Urd symbolise bien évidemment les actions et non-actions (les actions que nous n’avons pas faites) passées qui provoqueront un résultat à un moment donné dans nos vies. Elle nous indique que notre vie est tracée entre autre par les choix que nous faisons.

Verdandi, la seconde, est décrite comme une femme d’âge moyen et symbolise le présent et « Ce Qui Est ». Verdandi représente directement les résultats de nos actions passées (engendrées par Urd). Elle est la force qui symbolise nos choix, actions et non-actions du passé, c’est-à-dire le passé qui devient le présent. Elle symbolise tout ce que nous avons accomplit et les matérialise physiquement, émotionnellement, mentalement et spirituellement dans notre présent. Le présent dure un bref instant, glissant rapidement de nos doigts vers l’inconnu et imprédictible futur.

Enfin, Skuld, la dernière est décrite comme une jeune fille et symbolise le futur et « Ce Qui Sera ». Skuld représente aussi un large éventail de concept : la nécessité (le besoin), le futur, la culpabilité et la dette. Elle est assurément la Norne la plus énigmatique et celle à s’attirer le plus d’attention, témoin de la curiosité de l’homme envers son avenir.

Puisque nous sommes contrôlés par l’élément physique du temps et que ce dernier est linéaire, notre présent se doit d’évoluer dans les mains de Skuld vers le futur. Elle représente ce qui PEUT arriver en résultat de nos choix passés et présents. Le futur par contre reste changeable pour le mieux et même les meilleurs et pires choix du passé ne résultent pas obligatoirement en un mauvais futur; les choix du présent peuvent surpassés ceux du passé et favoriser le résultat. Symbole de cette possibilité toujours présente, Skuld est toujours représentée le visage voilé et tenant un parchemin dans ses mains.

Attardons-nous maintenant sur le concept de culpabilité et de dette. Notre vie dépend de la mort de d’autres créatures et plantes, par lesquels nous nous nourrissons. C’est là qu’entre en ligne de compte la culpabilité puisque nous devons détruire pour vivre. La seule manière de payer notre dette est par notre propre mort. À ce moment venu, nous nourrirons à notre tour une autre espèce et le cycle de la vie continuera sa grande spirale.

Ce trio féminin de tous les âges est représenté au sein de plusieurs croyances païennes et néo-païennes sous les attributs de Vierge (Jeune Fille), Mère et Sage (Vieille-Femme-la-mort). Les traits de la Vierge-Jeune-Fille sont pris par Skuld, Verdandi est la mère et Urd est la Sage-Vieille-Femme.

Dans la mythologie gréco-romaine, les Parques et les Moires, consoeurs des Nornes, sont souvent représentées avec une bobine de fil à la main : la plus vieille tient ladite bobine, la seconde déroule le fil et la dernière le coupe. Les Nornes et leurs sœurs sont littéralement des « tisseuses de vie ».

Puisque intimement liées au cycle de vie et de mort, il n’est guère surprenant d’apprendre que Urd, Verdandi et Skuld résident au pied de l’Arbre-du-Monde, Yggdrasil. Une de leur tâche consiste à entretenir l’Arbre afin de s’assurer de sa bonne santé, en enduisant ses racines de boue faite d’eau sacrée et de terre. Cette pâte guérisseuse lutte contre la pourriture et les blessures infligées par les quelques animaux qui broutent l’herbe verdoyante et les racines de l’Arbre.

Yggdrasil possède trois sources auxquelles viennent s’abreuver ses racines, une de ces sources se nomment Urd, d’après la Norne du même nom. C’est là que les dieux se réunissent à tous les jours pour tenir leur conseil.

D’un point de vue général, les Nornes sont parfois considérées comme des fées ou des êtres surnaturels qui ont comme mission de protéger les membres d’une famille.

Sous ces traits, ces femmes apparaissent comme des « Disir », femmes âgées décédées qui deviennent des entités protectrices. Ces femmes-esprits avaient entre autre la mission d’assister les femmes en couche.

Nous avons vu que les Nornes sont des êtres beaucoup plus vieux que les dieux eux-mêmes et qu’elles résidaient près d’un puits où les dieux viennent quérir conseil et aide. On peut en déduire que les Nornes exercent leur rôle de Disir face aux dieux.

La boîte de Frank, 7ème siècle, faite d’os de baleines. On ne sait pas encore avec exactitude à quoi a pu servir cette boîte. Les trois personnages de droite sont dit être les Nornes.

On associe aussi les Nornes aux Valkyries, ces féroces guerrières qui accompagnent Freyja et Odin sur les champs de bataille. D’ailleurs, Skuld, la plus jeune des Nornes est listée dans les textes anciens comme une Valkyrie qui prend part aux guerres, accomplissant sa fonction de « tisseuse de vie ».

Le mythe des Valkyries est intimement lié aux divinités Odin et Freyja dans leur fonction de divinité de la mort où elles choisissent les héros qui tomberont morts; les Valkyries ont comme rôle d’accomplir la volonté d’Odin et de Freyja et d’accompagner les héros morts à un des deux palais (soit le palais de Valhalla pour ceux qui iront avec Odin ou le palais de Sessrumnir pour ceux qui accompagnent Freyja).

On peut donc qualifier les Valkyries de psychopompes, rôle qui se rapproche grandement des fonctions accomplies par les Nornes et même par certaines Disir.

Toutes ces associations nous laissent croire qu’il existe bien plus des trois Nornes Urd, Verdandi et Skuld.Certaines légendes rapportent qu’il existait trois familles de Nornes : les unes étaient divines (probablement la famille de Urd, Verdandi et Skuld), les secondes étaient de descendance elfique et enfin les troisièmes étaient les filles Dvalin le nain.

Leur surnom « tisseuses de vie » est influencé par la mythologie gréco-romaine puisqu’il n’existe dans la mythologie nordique aucune référence à « femmes qui tissent », on les surnomme plutôt « femmes qui écrivent ». Il était donc coutume jadis de les représenter armées de tablettes de bois où ils inscrivaient le destin des hommes.

On raconte aussi que les Nornes sont des Prophétesses, que pour déchiffrer le destin des hommes, elles gravent des runes et ont recours à la divination. Elles sont donc ces « femmes qui prophétisent ». Ceci est un fait très intéressant puisque les runes sont généralement associées à Odin et à l’épisode où ce dernier se suspend à Yggdrasil. Si les Nornes sont également liées aux runes, il est fort possible qu’elles en aillent percer les secrets bien avant Odin et peut-être sont-elles liées intimement au mystères des glyphes sacrés.

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