Nom et fonctions

NammuNingalNammu est une Déesse-Mère de Sumer, une région de la Mésopotamie, dans le Sud de l’actuel Irak. Son nom signifie  » la totalité des secrets ». La lecture de son nom n’est pas sûre, Nammu est la lecture traditionnelle du nom mais il existe aussi des variantes comme Namma, Lammu ou Nammak. L’élément (n)imma des variantes de son nom (écrit avec le signe SIG4 en sumérien) correspond aux noms akkadiens nabnitu et bunnannu qui dérivent de la racine banu qui signifie créer. En effet, Nammu est la déesse de la création de l’Univers, des Grands Dieux, initiatrice de la création de l’homme et co-créatrice de l’humanité aux côtés d’Enki et de Ninhursag. Elle est appelée entre autre « Mère primordiale qui a donné naissance à tous les dieux », « Mère qui a donné naissance au ciel et à la terre », « Dame de la Création », « la Matrice » ou encore « La Créatrice ».

Nammu est la gardienne de tous les secrets de l’Univers et des dieux, elle personnifie aussi ces mêmes secrets. En tant que  » Totalité des Secrets « , elle est aussi l’océan souterrain appelé ABZU (apsû en akkadien). L’Abzu est la demeure d’Enki, le dieu de la sagesse et fils de Nammu. L’Abzu est aussi appelé Engur qui s’écrit de la même manière de Nammu. Cet océan souterrain est un lieu où nul dieu ne peut entrer et la source de tous les cours d’eau douce du monde. L’Abzu est aussi la source de la sagesse, de la connaissance et de la magie.

La magie est un autre domaine de Nammu. En Mésopotamie, utiliser la magie pour nuire à son prochain est puni de mort. La magie est utilisée par les prêtres exorcistes pour purifier les lieux et les personnes de mauvais présages, de maladies ou d’envoutements. Nammu est la « Dame des Purifications » et la « Dame des bassins sacrés ». Son domaine est la purification par l’eau qui est son élément comme celui de son fils Enki. C’est elle qui transmet et garde purs les rites. A l’époque sumérienne, les exorcistes agissent en son nom.

Cosmogonie et anthropogonie

Nammu apparait peu dans les textes mythologiques sumériens et akkadiens. Elle intervient dans les récits de la création de l’homme et ceux du déluge.

Nammu est la déesse qui existait avant la création du monde. C’est une déesse sans époux qui donnera naissance à An (le ciel) et Ki (la terre), elle est alors la Déesse Utérus, La Première Née, la Materia Prima. Dans le mythe d’Enki et Ninmah, Nammu est la déesse qui prend en pitié les dieux qui travaillent durement et soumet à Enki l’idée d’un outil de substitution : l’homme. Elle sera également la déesse qui créera le premier prototype en suivant les instructions de son fils, elle sera assistée par Ninmah et par 6 autres déesses. Elle fabriquera l’homme en le tirant de la boue de l’Abzu. Dans les récits du déluge, on retrouve Nammu comme créatrice des hommes et protectrice de l’humanité d’où son nom « Mère Compatissante ». Un texte akkadien indique même que l’esprit divin qui anime l’homme a été introduit par Nammu en mélangeant de l’argile avec le sang du dieu We. Dans le récit babylonien, Nammu, en voyant sa création détruite par le déluge provoqué par le roi des dieux Enlil, refusera de rester dans le domaine céleste car trop de gens souffrent. Elle entrera dans une grande colère contre Enlil et celui-ci pour la punir et pour régler le problème d’une humanité trop bruyante à son goût, lui imposera de diminuer sa création en introduisant la maladie et la stérilité chez les hommes, ce qu’elle fera à contrecœur.

Culte, offrandes et représentations

Nammu est une divinité aquatique du panthéon d’Eridu. D’après les mythes, Eridu est la première et la plus ancienne des villes de Sumer, c’est également dans cette ville que la royauté est descendue sur terre. D’après les recherches archéologiques, le plus ancien temple découvert à Eridu daterait de 5000 ans avant J-C. A une époque ancienne, sans doute pré-sumérienne, vers 6000 ans avant J-C, les fouilles laissent penser qu’un culte chtonien était rendu à Eridu et sans doute à une divinité féminine. Nammu étant l’une des plus anciennes déesses d’Eridu, il est possible que Nammu fut la divinité tutélaire de la ville avant qu’Enki ne prenne sa place à la tête du panthéon de la ville.

Les attestations du culte de Nammu sont rares. Elle était principalement honorée à Eridu, Isin, Babylone, Nippur et Bash. Je n’ai pas retrouvé le nom du temple de Nammu à Eridu. Les tablettes attestent de chapelles et d’un clergé dans différentes cités, par exemple, elle a des chapelles qui portent le nom de « Fondation de Nammu » (Ki-us-dNammu) dans des temples à Babylone et à Nippur. A Bah, elle a un temple appelé  » la maison de la totalité des qualités » (E-DUR-gi-na).

Le 27 de chaque mois apparait comme le jour du « festival de Nammu » isinnu ša Nammu. Le 27 est aussi le jour de  » la cérémonie de Nergal » melultu ša Nergal. Des sacrifices de céréales étaient offerts en même temps à Nergal et à Nammu par le roi.

Les offrandes traditionnelles sont le poisson et les céréales, personnellement je lui offre de l’encens (myrrhe et oliban), de l’eau, de la bière, des graines et de l’huile (olive et rose).

Il y a peu de représentations de Nammu, on en trouve sur les sceaux cylindres où elle est représentée sous une forme androgyne avec une poitrine et une barbe. À Eridu, les archéologues ont retrouvé des statuettes datant de la période d’Obeid (env. 6500 à 3750 avant JC) représentant des divinités à tête de serpent. En Mésopotamie, les dieux sont considérés comme des divinités serpents, la caste royale des dieux est appelée Ušumgal (Grand Serpent), il est donc très probable que Nammu fut représentée comme une Déesse-Serpent dispensatrice de vie et Dame de Sagesse.

Symboles et attributs

Le serpent : Nammu est une Déesse-Serpent. La thématique du serpent est très riche en Mésopotamie. Par exemple, l’épopée de Gilgamesh explique qu’un serpent déroba la plante de jouvence à Gilgamesh et que juste après il a changé de peau. C’est depuis ce vol que les serpents muent. Il ne s’agit pas d’une vie éternelle mais d’une vitalité retrouvée, une régénération. Le serpent est le symbole de la transmutation du cycle vie-mort-renaissance.

Le vase aux eaux jaillissantes : appelé aussi hengallu (abondance) c’est un symbole de fertilité lié à Enki et à l’Apsû. Ce symbole n’est pas propre à Enki et Nammu même si c’est dans leur culte qu’on le retrouve le plus, c’est un symbole de vie que l’on retrouve auprès de déesses comme Ninhursag. J’ai donc naturellement associé ce vase très symbolique à Nammu car l’eau est au centre des préoccupations cultuelles dans la culture mésopotamienne.

Le kishkanu noir : Le Kishkanu est un arbre dont les assyriologues n’arrivent pas à définir l’essence, il est attesté dès 3000 av J-C dans les listes lexicales d’Uruk. Les textes disent que son tronc était noir et que ses feuilles étaient en lapis-lazuli. La particularité du Kishkanu est d’être un arbre purificateur, c’est un outil de la purification divine. Le kishkanu transfert sa pureté au malade et chasse la maladie. Il agit comme un médiateur entre les mondes divins (ciel et Abzu) et le monde temporel. C’est un arbre de vie en quelque sorte.

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