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La déesse et la vache, une association ancienne

par | 29 Août 2015 | Visages de Dea |

La déesse et la vache, une association ancienne …

En tant que fille d’Hathor, il m’est naturel de relier la divine à cet animal. En effet, Hathor et d’autres divinités égyptiennes sont associées à la figure de la vache céleste. Mais, c’est en allant à la rencontre d’autres déesses notamment celles de la terre de mes ancêtres comme Bo Uinda (Boann) ou Damona, que l’idée d’en savoir plus sur l’association vache et déesse a germée.

A l’aube de l’humanité

La domestication  des bovins date de 8000 av. J.-C., au Moyen-Orient et en Inde. La première forme de cet élevage fut du type pastoral. Les populations nomades de bergers suivaient leurs troupeaux ou les conduisaient vers les pâturages et points d’eau en fonction des saisons. C’est en Mésopotamie via l’invention de l’agriculture, que les êtres humains et leurs bovins se sédentarisent. Les bovins fournissent lait, fromage, viande, cuir, moyen de transport et force de labour. Ils sont des animaux de valeurs, associés à l’abondance. Ils accompagnent aussi les peuples pendant leurs migrations.  Ils sont représentés peints sur les murs de grottes comme dans le Sahara (exemple : les bœufs polychromes de Jabbaren à Ajjer, en Algérie) ou sont offerts en sacrifices, comme à Nabta Playa (site préhistorique en Haute Égypte). La vache et le taureau sont aussi présents dans les cultes religieux. Certains dieux ou déesses prennent leurs formes pour se manifester aux êtres humains ou être compris d’eux, comme Zeux, Apis, Mithra, Aditi, Nout, Audhumba, Ninsou, Gauri …etc.

Quelques exemples …

Audhumla
Dans la mythologie nordique, Audhumla est la vache nourricière du premier être vivant, le géant Ymir. Elle est née de la glace et de l’aurore du temps. De ses pies coulaient quatre rivières de lait, qui nourrissaient Ymir.

Boan ou Bo Uinda, la vache blanche des celtes

Il existe plusieurs mythes avec quelques variations à son sujet. Boann (Boand) est une déesse irlandaise de la rivière Boyne. Selon le Lebor Gabála Érenn, elle était la fille de Delbáeth, fils de Elada, des Tuatha Dé Danann. Son mari est parfois Nechtan, parfois Elcmar ou encore Nuada. Son amant est le Dagda, dont elle a un fils, Aengus aussi appelé Mac Oc. Afin de dissimuler leur liaison adultère, le Dagda  a bloqué la course du soleil  pendant neuf mois. Ainsi,  Aengus fut conçu, a été porté par Boann et est né en un seul jour.

Dans « Le Dindshenchas métrique » (histoire des forteresses), Boann passe pour avoir engendrée la rivière Boyne. En effet, bien que son mari Nechtan lui en défendu l’accès. Elle se rend à la source magique du Segais. Le puits magique de Segais – situé à la source de la Boyne – est un bassin autour duquel poussent neuf noisetiers sacrés. Quiconque mangeait les noisettes de ces arbres, possédait la connaissance de tout ce qui existait dans le monde. Mais, seule quelques créatures avaient le privilège de manger ces fruits,  les divins saumons qui vivaient dans le bassin de ce puits magique. Seul le dieu Nechtan et ses échansons pouvaient s’approcher du puits. La déesse  s’approcha du puits de Nechtan et en fit trois fois le tour à l’envers du mouvement du soleil, causant ainsi une montée des eaux, qui se précipitèrent vers la mer, devenant ainsi la rivière Boyne.  Poursuivie par les eaux, on dit aussi qu’elle couru vers l’océan et perdit au contact de l’eau, un bras, une jambe et un œil avant de mourir et de se fondre avec les flots. L’eau du puits continua depuis de couler vers l’océan au lieu de rester dans le puits, créant ainsi la rivière La Boyne. Elle apparaît aussi dans le Táin Bó Fraích comme la tante maternelle et la protectrice du mortel Fróech.

Le nom de Boann vient de Bóu-vinda et signifie « la vache blanche » ou « celle de la vache blanche » ou encore « la vache lumineuse ». La seconde partie de ce nom vient du celtique « vind » qui couvre une gamme de sens allant de la couleur blanche, à la luminosité et la sagesse. Ainsi Boann est une déesse représentée comme une vache sacrée, qui octroie l’illumination ou l’inspiration, car associée à la sagesse du Puits de Segais.

Aditi

Aditî, la déesse-mère, est une divinité primordiale. Dans les Védas elle est Devamatri la mère des dieux. En tant que vierge et mère céleste de toutes les formes d’existences à venir et déjà venues, la synthèse de toutes choses, elle est associée à l’espace (akasa) et le discours mystique (vac). Elle peut être considérée comme une forme féminisée de Brahma et associée à la substance primitive (Mulaprakriti) dans le Vedanta . Aditi est parfois associée ou représentée en vache divine, dont le lait est le Soma. Le soma est l’offrande par excellence, une boisson sacrée hindoue enivrante et source d’extase, qui symbolise l’immortalité et lie inséparablement l’homme à la divinité.  Elle est  la créatrice cosmique, la créativité en toute création. Elle est à la fois déesse céleste et terrestre. Elle est nommée «vache à lait» (dhenu), «celle qui fait jaillir des fleuves débordants de bienfaits pour les hommes pieux qui s’acquittent de l’oblation» (RV. 1.153.3).

Prithivi

Prithvi est la terre et une déesse mère de l’hindouisme. Prithvi est aussi appelée Dhra, Dharti ou Dhrithri, ce qui signifie ce qui contient tout. En tant que Prithvi Devi, elle est une des épouses de Vishnou (l’autre étant Lakshmi), ou une forme de Lakshmi. D’après le Bhagavata Purana et le Vishnu Purana, Prithu, une incarnation de Vishnou, la chassa sous la forme d’une vache pour mettre fin à une famine. Acculée par Prithu, elle le menaça et lui dit que s’il la tuait, tous ses sujets mourraient. Prithu lui promit de devenir son gardien et se contenta de la traire, recevant d’elle la végétation et les céréales pour le bien de l’humanité.

Io, la prêtresse d’Héra

Io était une prêtresse d’Héra en son temple d’Argos. Malheureusement pour elle, Zeus la remarqua et la séduisit, ce qui suscita la réprobation d’Héra qui faillit les surprendre. Zeus parvint à sauver la situation en changeant Io en génisse blanche. Cependant, Héra ne fut pas dupe et demanda à son époux la génisse comme présent. Héra la confia à la garde du géant Argos aux cents yeux. Zeus demanda l’aide de son fils Hermès pour tuer Argos. Pour honorer sa mémoire, Héra récupéra ses yeux et s’en servit pour garnir la queue de son animal favori, un paon. Héra, par vengeance, envoya un taon piqué la vache sans cesse. Celle-ci affolée s’enfuit et traverse plusieurs pays. Ainsi, elle rencontra Promethée enchaîne sur le mont Caucase, qui lui révéla qu’un jour elle retrouverait sa forme humaine et deviendrait l’ancêtre d’un grand héros. Elle donna aussi son nom à la mer Ionienne et au détroit du Bosphore (le gué de la vache), et finit par atteindre l’Égypte où Zeus lui rendit sa forme première de jeune femme et où elle donna naissance à leur fils Épaphos.

Les vaches célestes égyptiennes

En Égypte ancienne la vache céleste ou cosmique, qui enfante le soleil chaque matin et l’avale chaque soir, est tout d’abord Nout, mais aussi Hathor ou Mehet-Ouret. En effet, de nombreuses déesses sont identifiées ou associées au titre de vache céleste, de mère du soleil. Nous trouvons également la très ancienne Bat, peut-être une figure primitive d’Hathor, mais aussi Neith la déesse-mère vache aux 7 paroles créatrices, Aset (Isis), Akhet, Chentaït, Sekhhathor, Hesat ou encore Ahet (liste non exhaustive). La vache céleste est la déesse dont le corps forme la voûte céleste où dieux et défunts justifiés séjournent après leurs morts. Elle est celle dont le lait nourri pharaon, mais aussi les défunts pour qu’ils retrouvent une « nouvelle jeunesse ».

Ninsoun

Le nom de cette déesse signifie « la dame des vaches sauvages ». C’est une divinité mineure de la mythologie sumérienne. Elle est l’épouse du roi Lugalbanda et la mère du célèbre héros Gilgamesh. Un culte lui était rendu à Kullab un quartier d’Uruk. Dans l’épopée de Gilgamesh, où elle apparaît comme reine et non comme déesse, Ninsun porte conseil à Gilgamesh en interprétant ses rêves. Ninsun est également appelée Rimat-Ninsun, la sage, l’intelligente, l’omnisciente, la grande reine et la vache sublime.

La vache

La vache a une signification symbolique distinct de son homologue masculin le taureau. Elle partage avec lui d’être associée à l’idée de fertilité. Mais, elle est surtout l’image de la mère nourricière, qui peut donner à boire son lait à ses veaux, mais aussi aux êtres d’autres espèces comme les êtres humains.  De ce fait, elle est reliée aux vertus d’altruisme, compassion, amour, protection et don de soi. Son lait de couleur blanche est une offrande pure, qui évoque l’innocence de l’enfance ou la boisson conférant renaissance/immortalité ou nouvelle jeunesse. Protectrice, en alerte face aux danger qui pourrait menacer ses petits, elle est la mère qui protège. Les déesses vaches célestes égyptiennes (Nout, Isis, Hathor, Mehet-Ouret …etc) portent sur la tête le disque solaire et enfantent chaque matin l’astre. La vache est alors l’image de la déesse créatrice/génitrice du monde et des dieux. Dans les textes anciens védiques (Inde), comparer une femme a une vache signifie qu’on la trouve de toute beauté.

L’association de cet animal aux déesses mères et à la déesse parait ainsi beaucoup plus claire. Elle représente nombre de ses qualités maternelles tout d’abord, mais aussi de créatrice du monde, d’inspiratrice et d’illuminatrice. Elle est cependant absente des mythologies amérindiennes et des cultures, des régions du monde où la présence des bovins fut moins déterminantes dans l’émergence de la civilisation. Quoi que la légende de la femme bison blanc (SIOUX Lakota-Dakotas-Nakota) puisse faire penser à une autre déclinaison locale de la déesse sous une forme bovine respectée des amérindiens, car porteuse de paix, de connaissances et de sagesse. La vache comme la déesse est associée à l’émergence des civilisations, à la sagesse et l’acquisition de connaissance.

Notes

Lebor Gabála Érenn : récits irlandais majeurs de l’époque médiévale, il décrit l’invasion de l’île par six peuples mythiques héroïques pré-humains, avant l’arrivée et le règne terrestre des Gaëls.

A lire :
– La légende de la femme bison blanc : http://www.lavoieducercle.be/lavoieducercle/Legendes.html
– Mythes celtiques de Miranda Jane Green, édition  Seuil, collection Points sagesse

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