goddess-1500599_1280Si vous effectuez une recherche sur Internet avec l’expression « déesse Isara », vous ne trouverez probablement rien (ou mon site peut-être…). Au mieux avec l’expression anglophone « goddess Isara », vous trouverez des articles sur une divinité mésopotamienne du même nom. Mais l’Isara dont je vais vous parler, ce n’est pas elle. Non. L’Isara, dont il est question dans cet article est ma déité patronne. Vous ne trouverez aucune trace d’elle dans un livre, une thèse d’histoire ou d’archéologie traitant des déesses de l’Europe antique. Car, j’ai rencontré Isara au cours de mon enfance dans la région où je vis. Et je la côtoie encore aujourd’hui.

Déesse topique et hydronyme

Isara est d’abord une manifestation de la divine topique. C’est à dire attachée à un lieu géographique. Dans mon cas, il s’agit d’une petite rivière appelée l’Issoire, qui coule entre la Vendée et la Loire-Atlantique. Elle vient alimenter le lac de Grand-Lieu. Le nom ancien de l’Issoire est Isarum, nom lui même issu de Isara, du proto-indo-européen Isar. Isara, c’est aussi le nom d’une rivière plus importante en France, l’Oise. En fait, plusieurs cours d’eau d’Europe possède le mot Isara/Isara comme racine de leurs noms. J’en ai listé quelques-uns et vous pourrez les visualiser sur cette Googlemaps.

  • L’Issoire, affluent de la Boulogne (85 – Vendée)
  • L’Isereau, affluent de l’Issoire (85 – Vendée)
  • L’Isac, rivière (44 – Loire Atlantique)
  • L’Iseron, rivière (44 – Loire Atlantique)
  • L’Issoire, rivière (16 – Charente et 87 – Haute-Vienne)
  • Yzeron, affluent du Rhône
  • L’Isère, rivière du département de l’Isère
  • L’Oise, ancien nom Isara, affluent de la Seine,
  • Eséra, rivière aragonaise, Espagne
  • Lizerne, affluent du Rhône (Ardon, district de Conthey, Valais), Suisse
  • Liseraz, ruisseau (District de Cossonay, Vaud), Suisse
  • Isarco, cours d’eau du Nord de l’Italie
  • Isar, rivière en Bavière, affluent du Danube
  • Isel, rivière en Autriche
  • Ijssel, rivière aux Pays-Bas
  • Jizera, rivière en République Tchèque
  • Ijzer, rivière en Belgique
    (Éisra en Lituanie, Istras en Lettonie … à vérifier)

Isara est donc un hydronyme, c’est à dire le nom d’une rivière. Il vient de Isar, lui-même issu du proto-indo-européen *ish2ros. Isara est généralement traduit par rapide, vive et impétueuse. *ish2ros est issu lui-même du proto-indo-européen *eis. Ce dernier a engendré dans différentes langues issus de l’indo-européen les mots suivants :

  • irascible, irate, ire du latin īra (*eis-ā-), ensemble de mot désignant la colère ;
  • hieratique, hiero-; hierarchie, hierodule, hieroglyphe, hierophante du grec hieros (*is-(ə)ro-) ayant pour sens sacré ou rempli du divin ;
  • iron via le vieil anglais īse(r)n, īren, iron pour désigner le fer;
  • gisarme (hallebarde), spiegeleisen du vieil allemand īsarn, īsan, iron (de *īsarno) pour métal sacré, peut-être via la langue celtique ;
  • oestrus (chaleur de la femelle); oestrogène, estrone du grec oistros (*ois-tro-), au sens qui signifiait taon, aiguillon et au sens figuré tout ce qui cause la folie, l’excitation ou le désir.
  • Asmodeus de l’iranien aēšma-, qui signifie colère.
  • sanskrit iṣirá : rafraîchissant, frais, vigoureux, actif, rapide et florissant.

Un article d’Alexis Pinchard (Membre post-doc du CNRS, UMR 7528 « Mondes iranien et indien »), Du hieròs lógos à la raison : vertus d’un détour par l’Inde, m’a apporté d’autres informations. Isara est apparenté au grec hiero et au sanskrit iṣirá. Ce dernier signifie : rafraîchissant, frais, vigoureux, actif, rapide et florissant. Le sens de ce dernier est proche de celui d’Isara dans le contexte européen gaulois, c’est-à-dire : rapide, vive et impétueuse. De plus les notions de rafraîchissement me font penser à son usage pour désigner l’eau, liquide rafraîchissant. L’auteur nous apprend que le sanskrit iṣirá est issu de la racine *(H)isH- (issue de *eis), qui a pour sens « fluide vital », « sève », d’où « boisson invigorante » (aspect concret) et « force » (aspect abstrait). Pour lui l’adjectif *HisHro- ou **ish2ros (ish-ros), dont sont issus Isara, iṣirá et hiero, signifiait originellement « plein d’une vigueur surnaturelle » et donc « magiquement efficace ». Pour lui *eis ne se rattache pas au sens de passion, mais plutôt à « vivifier », ou bien « inciter », « mettre violemment en mouvement ». Il ajout de plus que *eis : «  [..] donne en védique le verbe IṢi- (iṣnāti) « mettre en mouvement » ou « invigorer » en sanskrit, et le nom-racine féminin íṣ-, « force », « boisson invigorante », ainsi que le grec ἰάομαι (īáomai), « guérir ». À cette racine on doit rattacher aussi le participe mycénien ḭitoḭ < *HisH-toḭ, avec le sens de « consacré », c’est-à-dire « envoyé aux dieux». Donc, il me semble que le mot Isara appartient à une famille de mots, dont la racine désigne une puissance d’essence divine, qui met en mouvement ou vivifie, voire guéri, et ce qui est sacré ou consacré à la divinité.

Une déesse rivière pré-celtique ?

Voilà ce que peut nous apprendre une exploration linguistique de la racine de son nom. Mais, Isara je la connais surtout par l’expérience directe dans notre monde, ici-et-maintenant, au présent et sans intermédiaire. J’ai grandi près d’elle et c’est sur ses rives, que j’ai fait mes premières expériences de la manifestation de la puissance divine. Les celtes et les peuples qui les ont précédés dans ma région, associaient fréquemment les sources et les cours d’eau à une divinité, souvent féminine. Je citerai par exemple :

  • Sequana et la Seine
  • Matrone et la Marne,
  • Souconna et la Saône,
  • Icauni et l’Yonne,
  • hors de France Boand et la Boyne, Sionnan et la Shannon,
  • etc.

L’origine pré-celtique de son nom, et ma propre expérience avec elle, me font penser qu’elle est une manifestation de la divine très ancienne. Pour moi, elle n’est pas de la tradition celtique, mais d’abord issue de la culture indo-européenne. Ce qui n’empêche pas qu’elle et/ou sa rivière aient pu être honorée par les celtes. Tout ce que je sais d’elle vient essentiellement de mon expérience personnelle avec elle, concrète. Car il n’y a aucune trace archéologique, un écrit ou une inscription à son sujet. Ce qui est un challenge. Car j’ai du renoncer en partie à légitimer mon expérience ou chasser mes doutes en cherchant des réponses dans les travaux intellectuels et scientifiques des historiens et des archéologues. Au mieux, j’ai pu comparer mon expérience avec le culte rendu aux divinités associées à des sources et des cours d’eau et le peu que l’on sait de la religion des proto-indo-européens.

Qui est Isara ?

C’est une déesse printanière, plutôt jeune, pleine de vitalité. Elle incarne le flot ou le flux de la vie, une énergie qui va sens cesse de l’avant, incite à la création, à la croissance et au fleurissement des choses. Elle est aussi la muse par excellence, celle qui inspire le poète, l’artiste, l’artisan perfectionnant son art ou le sage en quête de connaissances. Comme une « bonne mère », elle est pourvoyeuse de dons et d’abondance matérielle, surtout alimentaire d’ailleurs/ peut-être parce que l’eau est essentielle à la production des vivres : pêche, chasse, culture, élevage, etc. Elle est aussi visionnaire ou prophétesse, apportant des messages en rêves, via l’intuition ou en donnant la capacité de voir plus loin que ses contemporains et d’anticiper les changements ou innover. Elle est aussi associée à la religion de l’année ou les cycles du temps. Car, elle inaugure le printemps et le retour de le belle-saison. C’est aussi la déesse sauvage, souveraine et protectrice de la faune et de la flore sauvage. Elle est aussi associée à la guérison par l’eau, les activités relevant des SPA (sanitas per aqua), des centres thermales, de la balnéothérapies, des sources guérisseuses, etc. C’est aussi une déesse des points de passage, des limites entre deux mondes/périodes. Je ressens sa manifestation particulièrement à l’aube (passage jour/nuit), au printemps (passage hiver/été), entre les mondes (passage monde des hommes/sidh ou monde du milieu/monde d’en-bas…), et dans une moindre mesure à l’automne et au crépuscule. A l’aube, elle précède ou accompagne le soleil sous la forme de l’étoile de Vénus, elle est alors comparable à la figure de l’Aurore ou à la Mater Matuta (Mère du matin). Elle répand également la rosée ou la brume matinale. Je l’associe de ce fait aussi au jaillissement de la lumière (soleil, feu divin), qu’elle fait naître ou émerger, qu’elle accompagne ou même nourri comme un enfant.

Il n’existe pas de représentation attestée de cette déesse. Cependant, je l’associe aux figures de déesses découvertes dans ma région. Je pense en particulier aux figurines en terre blanche gallo-romaine appelée Vénus à gaine de type Rextugenos (nom de l’atelier émetteur). Ces dernières utilisée pour le culte d’une déesse étaient placées dans les laraires (autel domestique destiné aux culte des Lares, divinités du foyer), les sanctuaires des sources/cours d’eau guérisseurs avec des ex-voto et dans les sépultures. En Vendée, il en a été trouvé dans les puits funéraires (ou rituels?) de la commune du Bernard, fouillé par l’abbé Baudry à la fin du XIXéme siècle. Il en a été aussi trouvé sur le site mégalithique le Petit-Mont dans le Morbihan. L’entrée du Dolmen III avait en effet été transformé pour être utilisé comme sanctuaire à l’époque romaine. Il existe d’autres sites de découvertes, je ne les énumérerai pas ici.

Voilà qui est ma surprenante et mystérieuse patronne, un visage de la divine qui m’a donné accès à ses enseignements via un nom très ancien et une petite rivière de mon enfance. C’est Isara, tel que je l’expérimente. Comme il existe d’autres cours d’eau nommé Isara en Europe, peut-être que d’autres personnes auront l’occasion de faire connaissance avec elle ? Qui sait….

Quelques livres et ressources pour explorer des sujets associés :
Recherche sur les figurines en terre cuite gallo-romaine en contexte archéologique de Sandrine Talvas, Université de Toulon III, mémoire de doctorat 3éme cycle (2007)
Dictionnaire des noms de lieux de la Vendée, Jean-Loïc Le Quellec
L’aurore celtique dans la mythologie, l’épopée et les traditions, Philippe Jouët
Du hiéros logos à la raison vertu d’un retour par l’Inde, Alexis Pinchard membre post-doc du CNRS

Sterenn

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Le cheminement de Sterenn est tissé à partir des expériences issues de domaines d’explorations, qui s’entrecroisent comme : l’onirologie, la spiritualité, la pratique artistique, la voie du cœur, l’intelligence intuitive, le développement personnel ou encore le néo-chamanisme…
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